Virtualisation et installation de systèmes
Monter un parc entier — client Linux, client Windows, serveur — sur une seule machine, sans acheter un seul câble.
Résumé flash
Un hyperviseur — VirtualBox, Proxmox — fait tourner plusieurs machines virtuelles sur un seul matériel physique. Chaque VM démarre sur une image ISO et se comporte comme un vrai ordinateur. Debian s'installe en mode console, sans interface graphique, parce qu'un serveur n'en a pas besoin. Windows 11 exige UEFI et deux processeurs virtuels. Un serveur se configure toujours en IP statique.
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01Les principes de la virtualisation
Virtualiser, c'est faire croire à un système d'exploitation qu'il dispose d'un ordinateur à lui seul, alors qu'il partage en réalité le matériel d'une machine physique avec d'autres.
| Terme | Définition |
|---|---|
| Machine hôte | La machine physique réelle, avec son processeur, sa RAM et ses disques |
| Hyperviseur | Le logiciel qui crée et pilote les machines virtuelles, et répartit les ressources entre elles |
| Machine virtuelle (VM) | Un ordinateur simulé : son disque est un simple fichier sur l'hôte |
| Image ISO | Le fichier qui contient le support d'installation, l'équivalent d'un DVD gravé |
| Instantané (snapshot) | Une photographie de l'état complet de la VM, à laquelle on peut revenir en quelques secondes |
Les deux types d'hyperviseurs
Un hyperviseur de type 1, c'est un immeuble construit dès l'origine en appartements : chaque locataire a ses murs, tout est optimisé pour ça. Un hyperviseur de type 2, c'est une grande maison où l'on a aménagé des chambres d'hôtes : ça marche très bien, mais tout le monde passe par le couloir du propriétaire.
Un serveur physique dédié à un seul service utilise en moyenne 10 à 15 % de son processeur : le reste est payé, refroidi et alimenté pour rien. La virtualisation permet d'en faire tourner dix sur la même machine. S'y ajoutent l'instantané — revenir en arrière après une manipulation ratée — et la migration à chaud, qui déplace une VM d'un serveur à l'autre sans l'éteindre. C'est ce qui rend les centres de données modernes possibles.
02Créer une machine virtuelle
La démarche est la même quel que soit le système à installer.
- Télécharger l'ISO du système voulu.
- Créer la VM : nom, dossier de stockage, type et version du système.
- Dimensionner : mémoire vive, nombre de processeurs virtuels, taille du disque.
- Régler les options : UEFI, réseau, dossiers partagés.
- Démarrer sur l'ISO et dérouler l'installation.
Les paramètres à ne pas rater
| Paramètre | Ce qu'il détermine | Erreur classique |
|---|---|---|
| Mémoire vive | Prise sur celle de l'hôte pendant que la VM tourne | Tout allouer à la VM et étouffer la machine hôte |
| Processeurs virtuels | Nombre de cœurs vus par le système invité | En laisser 1 alors que Windows 11 en exige 2 |
| Disque | Un fichier sur l'hôte, à taille fixe ou dynamique | Sous-dimensionner : 10 Go suffisent pour Debian console, pas pour Windows |
| UEFI | Mode de démarrage moderne, avec table GPT | L'oublier : Windows 11 refuse de s'installer |
| Mode réseau | Comment la VM voit le réseau | Rester en NAT alors qu'on veut joindre la VM depuis l'hôte |
- NAT — la VM sort vers Internet, mais personne ne peut la joindre, pas même l'hôte. C'est le mode par défaut, et c'est celui qui fait échouer la moitié des TP.
- Accès par pont (bridge) — la VM reçoit une adresse sur le réseau physique, comme une vraie machine. C'est le mode à choisir pour un serveur que l'on veut atteindre.
- Réseau privé hôte — un réseau isolé entre l'hôte et ses VM, sans accès Internet. Parfait pour une maquette de laboratoire.
Symptôme typique : « je ping Internet depuis la VM, mais je n'arrive pas à joindre la VM depuis mon PC ». Vous êtes en NAT.
03Installer Debian 12 en console
Debian 12 porte le nom de code Bookworm. Le TP l'installe sur une machine virtuelle paramétrée sous Proxmox, avec un disque de 10 Go, en mode console.
Au premier écran, sélectionnez bien Install et non
Graphical install. Le mode console est plus simple et plus rapide, et surtout
on n'aura pas besoin d'installer une interface graphique qui alourdirait
inutilement le système.
C'est un principe d'administration, pas une préférence : sur un serveur, chaque paquet installé est une surface d'attaque supplémentaire et de la mémoire consommée pour rien.
Le déroulé de l'installation
| # | Étape | Le choix à faire |
|---|---|---|
| 1 | Mode d'installation | Install (console) |
| 2 | Langue du système | French |
| 3 | Situation géographique | France — détermine le fuseau horaire |
| 4 | Disposition du clavier | Français (AZERTY) |
| 5 | Nom de la machine | debian |
| 6 | Nom de domaine | Laissé vide — non obligatoire |
| 7 | Mot de passe root | Saisi deux fois pour confirmation |
| 8 | Création d'un utilisateur | Nom, puis mot de passe confirmé |
| 9 | Partitionnement | Assisté — utiliser un disque entier |
| 10 | Schéma de partitions | Tout dans une seule partition (recommandé pour les débutants) |
| 11 | Miroir réseau | France, puis deb.debian.org par défaut |
| 12 | Mandataire proxy | Laissé vide |
| 13 | Statistiques d'usage | Non |
| 14 | Logiciels à installer | Utilitaires usuels du système uniquement |
| 15 | GRUB | Installé sur le disque principal |
À l'écran « choix des logiciels », il faut décocher « Environnement de bureau Debian » et « GNOME ». Ils sont sélectionnés par défaut, et beaucoup passent l'écran sans regarder : on se retrouve alors avec une interface graphique complète, inutile et lourde, sur un serveur censé être minimal.
On ne conserve que les utilitaires usuels du système — et le serveur SSH si l'on veut administrer la machine à distance, ce qui est presque toujours souhaitable.
Comprendre le partitionnement
Le TP retient « tout dans une seule partition », le choix le plus simple. En production, on sépare souvent les partitions pour éviter qu'un répertoire qui se remplit ne bloque tout le système.
| Schéma | Principe | Quand l'utiliser |
|---|---|---|
| Tout dans une partition | Une seule partition pour
/, plus le swap | Débutants, TP, VM jetable |
Partition /home séparée | Les données des utilisateurs isolées du système | Poste de travail — permet de réinstaller sans perdre les données |
/home, /var et /tmp séparés |
Les journaux et fichiers temporaires isolés | Serveur — un /var saturé n'empêche plus le système de démarrer |
GRUB (GRand Unified Bootloader) est le premier programme lancé au
démarrage : il affiche le menu, charge le noyau Linux en mémoire et lui passe la main.
L'installer « sur le disque principal » signifie l'écrire dans le secteur d'amorçage. Un
GRUB manquant ou abîmé donne le message d'erreur le plus décourageant qui soit :
No bootable device — alors que le système est parfaitement installé sur le
disque.
04Installer Windows 11 sous VirtualBox
Objectif : installer Windows 11 à partir d'un ISO sur une machine virtuelle, et créer un utilisateur local.
Les prérequis de Windows 11
| Ressource | Minimum exigé |
|---|---|
| Processeur | 64 bits, 1 GHz, au moins 2 cœurs |
| Mémoire vive | 4 Go (4096 Mo) |
| Stockage | 64 Go |
| Micrologiciel | Machine hôte compatible UEFI |
La procédure
- Télécharger l'ISO de Windows 11.
- Installer VirtualBox — en s'assurant de disposer d'une version à jour.
- Créer la VM : menu Machine → Nouvelle.
- Renseigner : nom de la VM, dossier de stockage, image ISO téléchargée, type Microsoft Windows, version Windows 11 (64 bits). Décocher Proceed with Unattended Installation.
- Mémoire : au minimum 4096 Mo. Disque : au minimum 64 Go.
- Configuration : sélectionner la VM créée, bouton Configuration, puis passer en mode Expert.
- Activer UEFI : onglet Système → Carte mère → cocher Activer UEFI.
- Processeurs : onglet Processeur → au minimum 2 processeurs virtuels.
- Démarrer la VM et dérouler l'installation de Windows.
UEFI désactivé → l'installation s'interrompt avec « Ce PC ne peut pas exécuter Windows 11 ». Windows 11 impose un démarrage UEFI et une table de partitions GPT ; le mode BIOS hérité est refusé.
Un seul processeur virtuel → même message. Le prérequis « 2 cœurs » est vérifié à l'installation, pas seulement recommandé.
Ces deux réglages se font avant le premier démarrage, dans la configuration de la VM. Les changer après coup oblige à tout recommencer.
Windows 11 exige aussi une puce TPM 2.0 (module de plateforme sécurisée) pour le chiffrement. VirtualBox sait l'émuler : dans Système → Carte mère, réglez TPM sur v2.0. Si l'ISO refuse malgré tout, c'est généralement ce paramètre qui manque — pensez-y avant de chercher des contournements hasardeux.
05Installer Windows Server 2019
Le serveur du projet TechShop s'appelle SRVTECH et se trouve
dans le VLAN Administration.
La procédure
- Télécharger l'image ISO de Windows Server 2019 ou 2022.
- Vérifier les prérequis et dérouler les étapes d'installation.
- Après l'installation, effectuer quatre réglages.
Les quatre réglages d'après-installation
a. Fixer l'adresse IP du serveur
Adresse IP 192.168.100.10 ← VLAN Administration
Masque de sous-réseau 255.255.255.0 ← /24
Passerelle par défaut 192.168.100.1 ← l'interface du routeur dans ce VLAN
DNS 127.0.0.1 ← le serveur est SON PROPRE serveur DNS127.0.0.1 en DNS127.0.0.1 est l'adresse de bouclage : le serveur se désigne
lui-même. Ce réglage n'a de sens que parce que SRVTECH héberge lui-même le
service DNS — ce qui est le cas d'un contrôleur de domaine Active Directory.
Sur un serveur quelconque, indiquer 127.0.0.1 en DNS le priverait de
toute résolution de noms. Ce n'est donc pas une règle générale : c'est la conséquence du
rôle joué par cette machine.
b. Nommer le serveur
Le nom est SRVTECH. Un serveur porte toujours un nom explicite :
on ne retient pas une adresse IP, on retient un nom.
c. Désactiver le pare-feu Windows
Désactiver le pare-feu supprime d'un coup tous les blocages qui empêcheraient les tests de fonctionner. C'est commode dans une maquette isolée, le temps de vérifier que le reste de la configuration est correct.
En production, c'est une faute grave. La bonne pratique est d'ouvrir les ports nécessaires — et uniquement ceux-là. Si la question tombe à l'oral, dites que vous savez pourquoi on le fait en TP, et ce qu'il faudrait faire à la place :
# au lieu de tout désactiver, ouvrir précisément ce qui est nécessaire
New-NetFirewallRule -DisplayName "HTTP entrant" -Direction Inbound `
-Protocol TCP -LocalPort 80 -Action Allow
# et vérifier l'état, plutôt que de le supprimer
Get-NetFirewallProfile | Select-Object Name, Enabledd. Définir un mot de passe administrateur
Windows Server impose un mot de passe respectant sa politique de complexité : au moins 8 caractères, avec majuscules, minuscules et chiffres.
Un serveur, c'est une boutique : ses clients doivent la retrouver à la même adresse tous les jours. Un poste de travail, c'est un client : peu importe où il se gare. Le DHCP est parfait pour les clients, catastrophique pour une boutique qui déménagerait chaque matin.
Vous installez SRVTECH avec l'adresse 192.168.100.10,
masque 255.255.255.0, passerelle 192.168.100.1. Depuis le serveur,
le ping vers 192.168.100.1 répond, mais
ping www.google.fr échoue avec « hôte inconnu ». D'où vient le problème ?
Le DNS. Le message « hôte inconnu » — et non « délai d'attente dépassé » — indique que la machine n'arrive pas à traduire le nom en adresse IP. La couche réseau fonctionne : la passerelle répond.
La cause : le serveur est configuré avec DNS : 127.0.0.1,
c'est-à-dire lui-même. Or le rôle Serveur DNS n'a pas encore été installé
et configuré. Il s'interroge lui-même et n'obtient rien.
Deux solutions : installer et configurer le rôle DNS — ce qui est prévu
puisque ce serveur doit le rendre —, ou indiquer temporairement un DNS externe
(8.8.8.8) le temps de télécharger ce qui est nécessaire.
Le réflexe de diagnostic : ping 8.8.8.8 répond mais
ping google.fr échoue → le problème est toujours le DNS,
jamais le routage.
06Les réglages d'après-installation
Quel que soit le système, une installation ne s'arrête pas au dernier redémarrage. Cinq vérifications reviennent systématiquement.
| # | Vérification | Pourquoi |
|---|---|---|
| 1 | Adressage réseau — statique sur un serveur, DHCP sur un poste | Sans cela, rien d'autre ne peut être testé |
| 2 | Nom de machine explicite | Indispensable dès qu'il y a plus de trois machines |
| 3 | Mises à jour du système | Une machine fraîchement installée est une machine en retard de correctifs |
| 4 | Accès distant — SSH sous Linux, RDP sous Windows | Pour ne plus avoir à s'asseoir devant la machine |
| 5 | Instantané de la VM | Pour revenir à un état sain après une manipulation ratée |
# Debian — les commandes d'après-installation
sudo apt update && sudo apt upgrade # mettre à jour
sudo apt install openssh-server # accès distant
ip a # vérifier l'adressage
hostnamectl set-hostname srv-debian # nommer la machineLe meilleur moment pour créer un snapshot est juste après l'installation propre et les mises à jour, avant de commencer à configurer les services. Vous disposez alors d'un point de retour « système sain » auquel revenir en quelques secondes, au lieu de tout réinstaller.
C'est le principal avantage pratique de la virtualisation en TP : on peut se permettre de casser.
Pourquoi installe-t-on Debian « en mode console » alors que l'interface graphique est plus confortable ? Donnez trois arguments.
- Ressources. Une interface graphique consomme plusieurs centaines de mégaoctets de RAM et des cycles processeur, en permanence, pour afficher un bureau que personne ne regarde. Sur un serveur, ces ressources doivent aller aux services.
- Sécurité. Chaque paquet installé est une surface d'attaque supplémentaire : serveur graphique, gestionnaire de fenêtres, navigateur… autant de logiciels à maintenir à jour et susceptibles d'être vulnérables. Le principe est celui de la surface minimale.
- Administration à distance. Un serveur se pilote en SSH, depuis son poste, sans se déplacer. L'interface graphique n'apporte rien puisque personne ne s'assoit devant la machine.
Le cours le formule directement : « nous n'aurons pas besoin d'installer une interface graphique qui alourdirait le système inutilement ».