Adressage IPv4, masques et sous-réseaux

Comment une machine est identifiée sur un réseau, comment on découpe un réseau en morceaux, et comment ne plus jamais se tromper dans un calcul de masque.

📌

Résumé flash

Une adresse IPv4 tient sur 32 bits et se lit en deux parties : la partie réseau (le quartier) et la partie hôte (le numéro dans la rue). C'est le masque qui dit où passe la frontière — un ET logique entre l'adresse et le masque donne l'adresse du réseau. Emprunter des bits à la partie hôte permet de découper un réseau en sous-réseaux (subnetting), et le VLSM autorise des tailles différentes selon les besoins.

🔑 #adresse-IPv4 #octet #classes-A-B-C-D-E #masque #CIDR #ET-logique #subnetting #VLSM #broadcast #RFC1918

01Les modes de transmission

Avant de parler d'adresses, il faut savoir à qui on parle. Sur un réseau IP, il existe trois façons d'envoyer une information, et chacune correspond à un type d'adresse de destination différent.

Unicast — un vers un

C'est le principe le plus utilisé et le plus simple. Chaque ordinateur possède une adresse IP ; on envoie les trames en spécifiant l'adresse IP de l'ordinateur à qui on veut envoyer les informations. Les éléments actifs et passifs du réseau (commutateurs, répéteurs, routeurs…) dirigent l'information dans la bonne direction pour que les trames arrivent au bon endroit. Seule la machine dont l'adresse figure dans la trame regarde et traite l'information.

Broadcast — un vers tous

Le principe du broadcast est d'envoyer une information à tous les ordinateurs du réseau où l'on est. Au lieu d'envoyer en unicast vers l'adresse IP de chaque machine, on envoie la trame à tous les ordinateurs du sous-réseau en utilisant une adresse de broadcast, réservée à cet usage. Chacun des ordinateurs du sous-réseau regarde et traite la trame comme si elle lui était personnellement adressée.

⚠️ Piège d'examen

Les trames de broadcast ont une caractéristique décisive : elles ne passent pas les routeurs. Un broadcast s'adresse uniquement aux ordinateurs d'un même sous-réseau. C'est précisément l'argument qui justifie le découpage en sous-réseaux — et une question classique à l'oral.

Multicast — un vers un groupe

Plutôt que d'envoyer les fichiers du serveur vers chacune des machines clientes (unicast), on n'envoie l'information qu'une seule fois et chaque client la récupère. Dans un réseau Ethernet, toutes les trames qui circulent passent par tous les ordinateurs : on envoie donc l'information à une adresse, et tous les clients écoutent cette adresse. Chaque client multicast s'enregistre avec une adresse IP multicast ; c'est sur cette adresse que les informations sont envoyées.

Unicast un vers un 1 destinataire désigné Broadcast un vers tous tout le sous-réseau ✗ ne franchit pas le routeur Multicast un vers un groupe les abonnés au groupe
Les trois modes de transmission. En couleur : les machines qui traitent la trame.
💡 Analogie

Dans un immeuble : l'unicast, c'est glisser une lettre dans la boîte de l'appartement 3B. Le broadcast, c'est l'affiche punaisée dans le hall — tout le monde la lit, mais elle ne sort pas de l'immeuble. Le multicast, c'est la liste de diffusion du syndic : seuls ceux qui s'y sont inscrits reçoivent le message.

❓ Auto-évaluation

Pourquoi un broadcast ne traverse-t-il pas un routeur, et quelle conséquence concrète cela a-t-il sur la conception d'un réseau d'entreprise ?

Un routeur sépare deux réseaux logiques distincts. L'adresse de broadcast ne désigne que les hôtes d'un même sous-réseau : le routeur ne la relaie donc pas, sans quoi la diffusion se propagerait à l'infini.

Conséquence : plus un sous-réseau contient de machines, plus le trafic de diffusion sature la bande passante et oblige chaque machine à traiter des trames qui ne la concernent pas. Découper en sous-réseaux réduit ce domaine de broadcast — c'est la justification principale du subnetting.

02Anatomie d'une adresse IPv4

L'adressage IP est basé sur le concept d'hôtes et de réseaux. Un hôte est tout ce qui peut envoyer ou recevoir des trames IP : une station de travail, un routeur. Il ne faut pas le confondre avec un serveur — clients et serveurs sont tous des hôtes IP.

L'adresse IP de n'importe quel hôte est le rassemblement de deux choses :

  • l'adresse du réseau où il se trouve ;
  • son adresse personnelle sur ce réseau.

Une adresse IP est une séquence de 32 bits composée de 1 et de 0. Afin de faciliter leur lecture, les adresses IP sont exprimées sous la forme de quatre nombres décimaux séparés par des points — la notation décimale pointée. Chaque élément s'appelle un octet (8 chiffres binaires).

PARTIE RÉSEAU PARTIE HÔTE 192 168 1 8 11000000 10101000 00000001 00001000 8 bits · 1 octet 8 bits · 1 octet 8 bits · 1 octet 8 bits · 1 octet 32 bits au total exemple : 192.168.1.8 avec un masque /16
Quatre octets, 32 bits. La frontière réseau / hôte est fixée par le masque.

La notation décimale pointée est plus simple à comprendre que la méthode des 1 et des 0 binaires, et elle évite un grand nombre d'erreurs de transposition. Les adresses 192.168.1.8 et 192.168.1.9 se distinguent d'un coup d'œil, alors que …00001000 et …00001001 demandent un effort.

🧰 Boîte à outils — les 8 poids d'un octet

À connaître par cœur : ce sont les seules valeurs dont vous aurez besoin pour convertir n'importe quel octet.

binaire
bit n°     8    7    6    5    4    3    2    1
poids     128   64   32   16    8    4    2    1

exemple :  1    1    0    0    0    0    0    0   →  128 + 64        = 192
           1    0    1    0    1    0    0    0   →  128 + 32 + 8    = 168
           1    1    1    0    0    0    0    0   →  128 + 64 + 32   = 224

Par convention, une adresse valide est dans la plage allant de 0.0.0.0 à 255.255.255.255, soit un total de 4,3 milliards d'adresses.

⚠️ Piège d'examen

Un octet ne peut jamais dépasser 255 (11111111). Une adresse comme 155.22.36.366 n'est pas « de classe B » : elle est invalide, point. Les sujets glissent régulièrement une adresse impossible au milieu d'un exercice de classification — c'est un test de vigilance, pas de calcul.

03Les classes d'adresses

Les adresses IP sont regroupées en classes afin de permettre l'adaptation à des réseaux de différentes tailles. Dans un modèle d'adressage par classe, la frontière entre partie réseau et partie hôte tombe toujours sur une limite d'octet. Ce sont les premiers bits de l'adresse qui déterminent la classe.

Classe A0… RÉSEAU hôte hôte hôte Classe B10… RÉSEAU RÉSEAU hôte hôte Classe C110… RÉSEAU RÉSEAU RÉSEAU hôte Classe D1110… multicast — pas de découpage réseau / hôte
Plus la classe avance dans l'alphabet, plus la part « réseau » grandit et plus il reste peu d'hôtes.

Classe A — les très grands réseaux

Réservée aux réseaux de très grande taille, avec plus de 16 millions d'adresses hôte disponibles. Seul le premier octet indique l'adresse réseau ; les trois suivants définissent les adresses hôte. Le premier bit est toujours 0 : la valeur la plus faible est 00000000 (0) et la plus élevée 01111111 (127). Les valeurs 0 et 127 sont réservées, donc toute adresse dont le premier octet est compris entre 1 et 126 est de classe A.

Classe B — les réseaux moyens à grands

Les deux premiers octets indiquent le réseau, les deux suivants les hôtes. Les deux premiers bits sont toujours 10 : de 10000000 (128) à 10111111 (191).

Classe C — les petits réseaux

C'est l'espace le plus utilisé. Les trois premiers octets indiquent le réseau, le dernier les hôtes — soit 254 hôtes maximum. Les trois premiers bits valent 110 : de 11000000 (192) à 11011111 (223).

Classes D et E — réservées

La classe D est réservée à la diffusion multicast : ses quatre premiers bits valent 1110, soit un premier octet de 224 à 239. Il n'est pas nécessaire d'allouer des bits pour séparer réseau et hôte. La classe E commence par 1111 (240 à 255) et reste réservée à la recherche : l'IETF l'utilise à des fins expérimentales, aucune adresse de classe E n'est disponible sur Internet.

Tableau récapitulatif

Cl.1er octetBits de têteStructure Masque par défautNb de réseauxHôtes par réseau
A1 – 1260 R.H.H.H255.0.0.0 126 (2⁷ − 2)16 777 214 (2²⁴ − 2)
B128 – 19110 R.R.H.H255.255.0.0 16 384 (2¹⁴)65 534 (2¹⁶ − 2)
C192 – 223110 R.R.R.H255.255.255.0 2 097 152 (2²¹)254 (2⁸ − 2)
D224 – 2391110 Réservée à la diffusion multicast
E240 – 2551111 Expérimentale, réservée à la recherche
🔧 Corrigé pour exactitude technique

Trois écarts avec le tableau du polycopié d'origine, rectifiés ci-dessus :

  • Nombre de réseaux de classe B — le cours indique « 16 382 (2¹⁴ − 2) ». La soustraction de 2 s'applique aux hôtes d'un réseau (adresse réseau et broadcast), pas au décompte des réseaux d'une classe. Le nombre correct est 2¹⁴ = 16 384.
  • Nombre de réseaux de classe C — même cause : 2²¹ = 2 097 152, et non 2 097 150.
  • Classe E — le tableau d'origine annonce « 240 – 254 » et des bits de tête « 11110 » (5 bits), alors que le corps du cours dit, correctement, quatre bits à 1 et une plage de 240 à 255. C'est cette seconde version qui est retenue.

Le cas de la classe A est en revanche exact : on retranche bien 2 (les réseaux 0 et 127 étant réservés), d'où 126 réseaux.

🌍 Le saviez-vous ?

L'adressage par classes est obsolète depuis 1993, remplacé par le CIDR (Classless Inter-Domain Routing), qui autorise une frontière réseau/hôte n'importe où dans les 32 bits — d'où la notation /24. Les classes restent enseignées et tombent à l'examen parce qu'elles fixent les masques par défaut et expliquent pourquoi les plages privées ont les bornes qu'on leur connaît.

❓ Auto-évaluation

À quelle classe appartiennent 192.168.2.3, 127.0.0.1, 0.236.1.63, 220.50.223.222 et 155.22.36.366 ?

  • 192.168.2.3 → premier octet 192, dans 192–223 : classe C (et adresse privée).
  • 127.0.0.1 → 127 est réservé au bouclage (loopback). Techniquement dans la fourchette binaire de la classe A, mais inutilisable comme adresse d'hôte sur un réseau.
  • 0.236.1.63 → premier octet 0, réservé : ce n'est pas une adresse de classe A exploitable.
  • 220.50.223.222 → 220 est dans 192–223 : classe C.
  • 155.22.36.366 → adresse invalide : 366 dépasse 255. Le piège de l'exercice.

04Les adresses réservées

Certaines adresses hôte sont réservées et ne peuvent pas être affectées aux équipements du réseau. Il faut savoir les reconnaître instantanément.

L'adresse de réseau

Une adresse IP dont tous les bits hôte sont à 0 est réservée pour identifier le réseau lui-même. Un routeur utilise cette adresse pour acheminer des données. Elle n'est jamais affectée à une machine.

Exemple en classe B : 176.10.0.0. Les deux premiers octets forment la partie réseau ; les deux derniers, à 0, indiquent qu'on parle du réseau et non d'une machine. Une machine de ce réseau pourrait être 176.10.16.1.

L'adresse de diffusion (broadcast)

À l'inverse, une adresse dont tous les bits hôte sont à 1 sert à diffuser vers tous les équipements du réseau. Pour le réseau 176.10.0.0/16, le broadcast est 176.10.255.255 — 255 étant la valeur décimale de 11111111.

🧰 Boîte à outils — les deux extrémités d'un bloc
règle
bits hôte tous à 0  →  adresse de RÉSEAU      (la première du bloc)
bits hôte tous à 1  →  adresse de DIFFUSION   (la dernière du bloc)

tout ce qui est entre les deux  →  adresses d'hôte utilisables
d'où la formule :  hôtes utilisables = 2^n − 2

Les adresses privées (RFC 1918)

Ces plages peuvent être librement utilisées pour monter un réseau privé ; elles ne sont pas routées sur Internet.

Débute parPlage exacteBloc CIDRType
10.10.0.0.0 – 10.255.255.255 10.0.0.0/8Privé — classe A
172.16. à 172.31. 172.16.0.0 – 172.31.255.255 172.16.0.0/12Privé — classe B
192.168.192.168.0.0 – 192.168.255.255 192.168.0.0/16Privé — classe C
169.254.169.254.0.0 – 169.254.255.255 169.254.0.0/16APIPA — auto-configuration

Tout le reste est public.

⚠️ Piège d'examen — la plage 172

C'est l'erreur la plus fréquente. La plage privée s'arrête à 172.31, pas à 172.16 ni à 172.255. Ainsi 172.30.1.100 est privée, mais 172.32.0.1 est publique. Le moyen mnémotechnique : 16 et 31, comme les deux dates limites d'un demi-mois.

💡 Analogie

Une adresse privée, c'est un numéro de poste dans un standard téléphonique d'entreprise : le « poste 42 » a du sens à l'intérieur du bâtiment, et plusieurs entreprises peuvent avoir leur propre poste 42 sans conflit. Pour appeler l'extérieur, il faut passer par le numéro public du standard — c'est exactement le rôle du NAT.

Comment savoir si une adresse d'hôte est valide

Quatre vérifications, dans cet ordre :

  1. Ce n'est pas l'adresse de réseau (la toute première du bloc).
  2. Ce n'est pas l'adresse de diffusion (la toute dernière du bloc).
  3. Ce n'est pas une adresse de bouclage : tout ce qui commence par 127 est interdit sur une carte réseau physique.
  4. Ce n'est pas du multicast : premier octet de 224 à 239.

05Le masque de sous-réseau

Le masque répond à une seule question : où s'arrête la partie réseau et où commence la partie hôte ? Pour le savoir, il suffit d'écrire l'adresse IP en binaire et d'écrire dessous le masque, également en binaire.

DécimalBinaire
192.168.2.53 11000000.10101000.00000010.00110101
255.255.255.0 11111111.11111111.11111111.00000000

La partie correspondant aux 1 du masque est le numéro de réseau, la partie correspondant aux 0 est le numéro d'hôte. Ici, avec un masque 255.255.255.0, on peut avoir 254 hôtes différents sur le sous-réseau 192.168.2.0.

Le ET logique : trouver le réseau d'une machine

Pour connaître l'adresse du sous-réseau auquel une machine appartient, on effectue un ET logique entre l'adresse de la machine et le masque, bit à bit. Rappel : 1 ET 1 = 1, tout le reste donne 0.

Application 1

Adresse 200.100.40.33, masque 255.255.255.224.

DécimalBinaire
Adresse200.100.40.33 11001000.01100100.00101000.00100001
Masque255.255.255.224 11111111.11111111.11111111.11100000
ET200.100.40.32 11001000.01100100.00101000.00100000

La machine appartient au sous-réseau 200.100.40.32.

🔧 Corrigé pour exactitude technique

Le polycopié écrit le troisième octet de 200.100.40.33 en binaire 00101000 dans la ligne « Adresse » — ce qui est bien 40 — mais le reporte en 00101000 puis 00100000 de façon incohérente d'une ligne à l'autre du tableau. Les valeurs ci-dessus ont été recalculées : 40 = 00101000 et 33 = 00100001, ET 224 = 11100000 donne 00100000 = 32. Le résultat final annoncé par le cours, 200.100.40.32, est correct.

Application 2

Adresse 192.0.0.131, masque 255.255.255.192 (soit /26).

ET logique
Adresse   192.0.0.131      11000000 00000000 00000000 10000011
Masque    255.255.255.192  11111111 11111111 11111111 11000000
                           ───────────────────────────────────
Résultat  192.0.0.128      11000000 00000000 00000000 10000000

→ sous-réseau 192.0.0.128, la machine y porte le numéro d'hôte 3 (000011)

Application 3

Adresse 10.217.123.7, masque 255.248.0.0 (soit /13).

ET logique
Adresse   10.217.123.7   00001010 11011001 01111011 00000111
Masque    255.248.0.0    11111111 11111000 00000000 00000000
                         ───────────────────────────────────
Résultat  10.216.0.0     00001010 11011000 00000000 00000000

→ identificateur de réseau : 10.216.0.0
  (seul le 2ᵉ octet travaille : 217 = 11011001, ET 248 = 11111000 → 11011000 = 216)
🧰 Boîte à outils — vérifier un masque en 3 secondes

Un masque valide est une suite ininterrompue de 1 suivie d'une suite ininterrompue de 0. Il n'existe donc que 9 valeurs possibles par octet :

masques
0    128   192   224   240   248   252   254   255
     /1    /2    /3    /4    /5    /6    /7    /8   (bits ajoutés dans l'octet)

255.255.255.196  →  INVALIDE : 196 = 11000100, les 1 ne sont pas contigus
255.255.255.192  →  valide   : 192 = 11000000  →  /26
❓ Auto-évaluation

Une machine porte l'adresse 172.16.117.77 avec le masque /20. Quelle est son adresse réseau, et combien d'hôtes le réseau peut-il accueillir ?

Adresse réseau. /20 = 255.255.240.0. Seul le 3e octet est coupé : 117 = 01110101, ET 11110000 = 01110000 = 112. D'où 172.16.112.0.

Capacité. Il reste 32 − 20 = 12 bits d'hôte, soit 2¹² − 2 = 4 094 hôtes utilisables.

Bornes. Premier hôte 172.16.112.1, dernier hôte 172.16.127.254, diffusion 172.16.127.255.

06Découper en sous-réseaux

Les masques de sous-réseaux permettent de segmenter un réseau en plusieurs sous-réseaux. On utilise pour cela une partie des bits de l'adresse d'hôte pour identifier les sous-réseaux — on dit qu'on emprunte des bits.

Toutes les machines appartenant à un sous-réseau possèdent le même numéro de réseau. Ainsi, le masque d'une adresse de classe B commencera toujours par 255.255.xx.xx.

Pourquoi créer des sous-réseaux ?

  • Utiliser plusieurs supports physiques. Connecter tous les nœuds à un seul support peut être impossible, difficile ou coûteux lorsqu'ils sont trop éloignés.
  • Réduire l'encombrement. Plus les nœuds sont nombreux sur un même réseau, plus la bande passante requise est importante. Répartir les nœuds réduit l'encombrement global.
  • Économiser du temps de calcul. Les diffusions obligent chaque nœud du réseau à réagir avant d'accepter ou de rejeter le paquet.
  • Isoler une panne. Diviser un grand réseau limite l'impact d'une défaillance — une erreur matérielle, une connexion fautive — au seul segment concerné.
  • Renforcer la sécurité. Sur un support de diffusion comme Ethernet, tous les nœuds voient les paquets. Si le trafic sensible n'est autorisé que sur un réseau, les autres hôtes n'y ont pas accès.
  • Optimiser l'espace d'adressage. Avec un seul numéro de réseau de classe A ou B, on peut couvrir plusieurs réseaux physiques sans demander de numéros supplémentaires.
Avant — 200.100.40.0 /24 RÉSEAU — 24 bits hôte — 8 bits 2⁸ − 2 = 254 hôtes, 1 seul réseau Après — masque 255.255.255.224 /27 RÉSEAU — 24 bits +3 hôte — 5 3 bits empruntés 2⁵ − 2 = 30 hôtes
Emprunter 3 bits à la partie hôte crée 2³ = 8 sous-réseaux de 30 hôtes chacun.

Combien de sous-réseaux ?

Le nombre théorique de sous-réseaux est égal à 2ⁿ, où n est le nombre de bits à 1 empruntés pour coder les sous-réseaux.

Exemple. Réseau 200.100.40.0, masque 255.255.255.224. 224 = 11100000, donc 3 bits pour le numéro de sous-réseau et 5 bits pour l'hôte. Le nombre de sous-réseaux est 2³ = 8.

Quelles sont les adresses de ces sous-réseaux ?

Il faut faire varier les 3 bits empruntés, en laissant les bits d'hôte à 0 :

calcul
000 00000 =   0   →  200.100.40.0
001 00000 =  32   →  200.100.40.32
010 00000 =  64   →  200.100.40.64
011 00000 =  96   →  200.100.40.96
100 00000 = 128   →  200.100.40.128
101 00000 = 160   →  200.100.40.160
110 00000 = 192   →  200.100.40.192
111 00000 = 224   →  200.100.40.224

Le pas entre deux adresses de sous-réseau est de 32 = 2⁵, c'est-à-dire la taille complète d'un bloc.

🔧 Corrigé pour exactitude technique

Le cours d'origine présente ce pas de 32 comme « correspondant au nombre théorique d'hôtes par sous-réseau ». La formulation prête à confusion : 32 est le nombre total d'adresses du bloc, adresse de réseau et adresse de diffusion comprises. Le nombre d'hôtes réellement utilisables est 32 − 2 = 30. Confondre les deux fait perdre des points à chaque exercice de dimensionnement.

Adresse de diffusion d'un sous-réseau

Il faut mettre tous les bits de la partie hôte à 1.

calcul
sous-réseau 200.100.40.32   →  32 = 001 00000
diffusion                      001 11111 = 63   →  200.100.40.63

sous-réseau 200.100.40.64   →  diffusion 200.100.40.95
sous-réseau 200.100.40.96   →  diffusion 200.100.40.127
…et ainsi de suite, de 32 en 32.

Combien de postes par sous-réseau ?

Le nombre de postes est égal à 2ⁿ − 2, où n est le nombre de bits à 0 du masque. On retranche deux numéros réservés :

  • tous les bits à zéro, qui identifient le sous-réseau lui-même ;
  • tous les bits à un, qui forment l'adresse de diffusion du sous-réseau.

Avec 255.255.255.224 : 5 bits d'hôte, donc 2⁵ − 2 = 30 postes.

⚠️ Piège d'examen — le sous-réseau zéro

L'enseignement historique excluait le premier sous-réseau (tous les bits empruntés à 0) et le dernier (tous à 1), donnant la formule 2ⁿ − 2 pour les sous-réseaux aussi. Le CIDR et les IOS Cisco modernes les acceptent : la formule retenue aujourd'hui est 2ⁿ sous-réseaux. Si l'énoncé mentionne ip subnet-zero ou une version d'IOS récente, comptez 2ⁿ ; s'il parle de « sous-réseaux utilisables » dans un contexte historique, précisez votre hypothèse par écrit — c'est ce que le correcteur attend.

07VLSM : masques de longueur variable

Le subnetting classique découpe un réseau en morceaux tous de la même taille. C'est un gâchis dès que les besoins diffèrent : donner 30 adresses à une liaison entre deux routeurs, qui n'en réclame que 2, gaspille 28 adresses. Le VLSM (Variable Length Subnet Mask) autorise des masques différents pour chaque sous-réseau.

🧰 Boîte à outils — l'algorithme en 4 temps
  1. Trier les besoins du plus gros au plus petit. C'est l'étape que tout le monde saute et c'est celle qui évite les chevauchements.
  2. Isoler la puissance de 2. Chercher le 2ⁿ immédiatement supérieur ou égal au nombre d'hôtes requis + 2. Cela donne n.
  3. Déduire le masque. Une adresse IPv4 fait 32 bits : CIDR = 32 − n.
  4. Calculer le pas. Le pas — la taille du bloc — vaut exactement 2ⁿ. On l'ajoute à l'adresse réseau précédente pour trouver le début du bloc suivant.

Démonstration

Cahier des charges : découper 192.168.1.0/24 pour un département de 28 machines.

  • 2⁴ = 16 → trop petit. 2⁵ = 32 → valide, car 32 − 2 = 30 adresses utiles, ce qui couvre les 28. Donc n = 5.
  • Masque CIDR = 32 − 5 = /27, soit 255.255.255.224.
  • Sur le dernier octet, 3 bits vont au réseau (8 − 5) et 5 restent aux machines.
  • Pas = 2⁵ = 32.

Un plan d'adressage complet

Réseau de départ 192.168.1.0/24. Besoins : Commercial 50 postes, Technique 25 postes, Direction 10 postes, liaison entre deux routeurs 2 adresses.

ServiceBesoinBloc 2ⁿMasque Adresse réseauPlage utilisableDiffusion
Commercial5064 (2⁶)/26 192.168.1.0.1 → .62.63
Technique2532 (2⁵)/27 192.168.1.64.65 → .94.95
Direction1016 (2⁴)/28 192.168.1.96.97 → .110.111
Liaison routeurs24 (2²)/30 192.168.1.112.113 → .114.115

Le reste, de 192.168.1.116 à 192.168.1.255, demeure disponible pour les extensions futures. Avec un découpage à masque fixe en /26, les quatre services auraient consommé la totalité du /24 sans laisser un seul bloc libre.

💡 Analogie

Le subnetting à masque fixe, c'est découper une baguette en tranches identiques : pratique, mais on jette les bouts inutilisés. Le VLSM, c'est découper selon l'appétit de chacun — une grosse part pour le service commercial, une bouchée pour la liaison entre routeurs. À la fin, il reste du pain pour les invités surprise.

⚠️ Piège d'examen — l'ordre de traitement

Traiter les besoins dans l'ordre de l'énoncé au lieu de les trier du plus grand au plus petit produit presque toujours un chevauchement de blocs. Le correcteur le repère instantanément : deux sous-réseaux qui se recouvrent invalident tout le plan d'adressage, même si chaque calcul pris isolément est juste.

❓ Auto-évaluation

Une liaison série entre deux routeurs a besoin de 2 adresses. Quel masque choisir, et pourquoi pas /31 ?

/30, soit 255.255.255.252. Il reste 2 bits d'hôte : 2² − 2 = 2 adresses utilisables, exactement ce qu'il faut. Un bloc /30 occupe 4 adresses : réseau, deux hôtes, diffusion.

Un /31 ne laisserait qu'un bit d'hôte, soit 2¹ − 2 = 0 adresse utilisable selon la règle générale. La RFC 3021 autorise bien /31 sur les liaisons point-à-point en supprimant les adresses réseau et diffusion, mais ce n'est pas ce qui est attendu en BTS : répondez /30.

08Table de référence CIDR

À garder sous les yeux pendant les TP. La colonne « hôtes » donne le nombre d'adresses utilisables (2ⁿ − 2).

PréfixeMasque décimalDernier octet binaire Pas / blocHôtes utilisables
/24255.255.255.000000000256254
/25255.255.255.12810000000128126
/26255.255.255.192110000006462
/27255.255.255.224111000003230
/28255.255.255.240111100001614
/29255.255.255.2481111100086
/30255.255.255.2521111110042

Masques sur les octets supérieurs

PréfixeMasqueHôtes PréfixeMasqueHôtes
/8255.0.0.016 777 214 /16255.255.0.065 534
/9255.128.0.08 388 606 /17255.255.128.032 766
/10255.192.0.04 194 302 /18255.255.192.016 382
/11255.224.0.02 097 150 /19255.255.224.08 190
/12255.240.0.01 048 574 /20255.255.240.04 094
/13255.248.0.0524 286 /21255.255.248.02 046
/14255.252.0.0262 142 /22255.255.252.01 022
/15255.254.0.0131 070 /23255.255.254.0510

09La méthode d'examen

Face à n'importe quelle question d'adressage, dérouler toujours la même séquence. Elle ne rate jamais et fait gagner un temps considérable.

🧭 Les 6 gestes, dans l'ordre
  1. Traduire le préfixe en masque. /n → combien d'octets pleins (255), puis quel reste dans l'octet coupé.
  2. Repérer l'octet coupé. Celui qui n'est ni 255 ni 0 : c'est le seul où il y a un calcul à faire.
  3. Calculer le pas : 256 − valeur de l'octet coupé. Exemple : masque 224 → pas de 32.
  4. Encadrer l'adresse. Descendre au multiple du pas immédiatement inférieur ou égal → c'est l'adresse réseau.
  5. En déduire les bornes. Diffusion = adresse réseau + pas − 1. Premier hôte = réseau + 1. Dernier hôte = diffusion − 1.
  6. Vérifier la cohérence. Nombre d'hôtes = 2^(32−n) − 2. Si le compte ne tombe pas rond, une erreur s'est glissée à l'étape 3.

Exemple déroulé : 10.1.8.200/26

méthode
1. /26  =  255.255.255.192          (24 bits pleins + 2 bits)
2. octet coupé : le 4ᵉ (192)
3. pas = 256 − 192 = 64
4. multiples de 64 : 0, 64, 128, 192 …  200 tombe entre 192 et 255
   →  adresse réseau  = 10.1.8.192
5. diffusion    = 192 + 64 − 1 = 255  →  10.1.8.255
   premier hôte = 10.1.8.193
   dernier hôte = 10.1.8.254
6. contrôle : 2^(32−26) − 2 = 2⁶ − 2 = 62 hôtes
              de .193 à .254 → 254 − 193 + 1 = 62  ✓
🌍 Le saviez-vous ?

L'astuce du 256 − masque n'a rien de magique : elle calcule le complément à deux de l'octet du masque, c'est-à-dire la valeur du dernier bit à 1. C'est exactement le poids du bit le moins significatif de la partie réseau — donc, par construction, la taille d'un bloc.

⚡ Le récap en 2 minutes

  • 32 bits, 4 octets. Chaque octet vaut de 0 à 255 — au-delà, l'adresse est invalide.
  • Le masque tranche. Les 1 désignent le réseau, les 0 désignent l'hôte. Un ET logique entre adresse et masque donne l'adresse réseau.
  • Classes : A 1–126, B 128–191, C 192–223, D 224–239 (multicast), E 240–255. Le 127 est réservé au bouclage.
  • Privé : 10.x, 172.16 → 172.31, 192.168.x, et 169.254 pour l'APIPA.
  • Deux adresses perdues par bloc : la première (réseau) et la dernière (diffusion). D'où 2ⁿ − 2 hôtes.
  • Le pas fait tout : 256 − octet du masque. Il donne la taille du bloc, donc les frontières de tous les sous-réseaux.
  • VLSM : trier du plus gros besoin au plus petit, puis servir. Sans tri, chevauchement garanti.

Sources exploitées

  • 5-Adressage_IP.pdf — le professeur, chap. 3
  • 5-TD-Identifier Adresse IPv4 (Cisco)
  • Tableau des masques de sous-réseau
  • vlsm_reference_guide
  • Les 3 classes principales IPv4
  • Règle Public/Privé & validité
  • Règle multidiffusion
  • Corrections de TD — segmentation de 192.168.10.0/24 en 3 sous-réseaux (méthode par emprunt de bits) et subnetting/VLSM
  • 3-TP-Configuring IPv4 Static and Default Routes