Logarithme & exponentielle
Deux fonctions qui se défont l'une l'autre. L'exponentielle multiplie, le logarithme ramène à une addition — et c'est exactement ce qu'il faut pour sortir l'inconnue d'un exposant.
Résumé flash
ln n'existe que pour x > 0 ;
e^x existe partout et est toujours strictement positif.
Elles sont réciproques : ln(e^x) = x et
eln x = x. Le logarithme transforme un produit en
somme (ln(xy) = ln x + ln y), l'exponentielle fait
l'inverse (ex+y = e^x e^y). Toute résolution commence par
l'ensemble de définition — c'est là que se perdent les points.
🔑
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#e #réciproque #ensemble-de-définition
#équation #inéquation #changement-de-variable
#e^u #croissance #décroissance-exponentielle
01À quoi ça sert
Jusqu'ici, l'inconnue était toujours à la base : x²,
x³. Que faire quand elle passe à l'exposant ?
Une revue a 5 000 abonnés. Leur nombre suit aₙ = 25 000 − 20 000 × 0,8ⁿ.
Au bout de combien d'années les abonnés auront-ils quadruplé ?
25 000 − 20 000 × 0,8ⁿ = 20 000
20 000 × 0,8ⁿ = 5 000
0,8ⁿ = 0,25
Et maintenant ? Aucune des méthodes des chapitres précédents
ne sait extraire un n qui est en exposant.C'est précisément ce que fait le logarithme : il fait descendre l'exposant.
- Décibels — le gain d'un amplificateur s'écrit
G = 10 log(P₂/P₁): une échelle logarithmique, parce que l'oreille et les puissances varient sur des ordres de grandeur énormes. - Charge et décharge d'un condensateur —
u(t) = U(1 − e−t/RC): l'exponentielle décrit toute la réponse d'un circuit RC. Le logarithme sert à retrouver le tempstà partir d'une tension. - Fiabilité — au
chapitre 09, la
fonction de fiabilité vaut
R(t) = e−λt, et retrouver λ à partir d'une probabilité se fait parλ = −ln(p)/t. Ce chapitre-ci en donne les outils.
02Le logarithme népérien
On appelle logarithme népérien l'unique fonction, notée
ln, définie et dérivable sur ]0 ; +∞[, vérifiant
ln 1 = 0 et dont la dérivée est x ↦ 1/x.
ln x n'a de sens que si x > 0Et strictement : ln 0 n'existe pas non plus. C'est la contrainte la plus
importante du chapitre, celle qui gouverne toutes les résolutions du § 7.
Conséquence pratique : devant ln(x − 3), on n'a pas le droit d'écrire
quoi que ce soit avant d'avoir posé x − 3 > 0. Ce n'est pas une
précaution facultative — c'est ce qui élimine les fausses solutions.
L'adjectif renvoie à John Neper (ou Napier), 1550-1617, l'un des « inventeurs » du logarithme — inventé pour transformer les multiplications d'astronomes en additions, à une époque sans machine à calculer.
Le nombre e ≈ 2,718 28 est celui dont le logarithme vaut 1 :
ln e = 1. C'est la base « naturelle », celle pour laquelle la dérivée de
l'exponentielle est l'exponentielle elle-même.
03Les propriétés du ln
À retenir impérativement. Elles se ramènent toutes à la première.
| Propriété | Ce qu'elle transforme |
|---|---|
ln(xy) = ln x + ln y |
un produit en somme |
ln(1/x) = −ln x |
un inverse en opposé |
ln(x/y) = ln x − ln y |
un quotient en différence |
ln(x²) = 2 ln x |
un carré en double |
ln(x^r) = r ln x |
une puissance en produit |
ln(√x) = ½ ln x |
une racine en moitié |
ln x = ln y ⟺ x = y |
permet de supprimer les ln |
x < y ⟹ ln x < ln y |
ln est croissante : l'ordre est conservé |
Le logarithme descend chaque opération d'un niveau :
ln(x⁵) devient 5 ln x — la puissance devient un produit.
ln(xy) devient ln x + ln y — le produit devient une somme.
C'est ce qui rendait les tables de logarithmes indispensables aux navigateurs :
multiplier deux nombres à sept chiffres devenait une addition.
La propriété concerne le produit, pas la somme. Contre-exemple d'une
ligne : ln(1 + 1) = ln 2 ≈ 0,69, alors que
ln 1 + ln 1 = 0 + 0 = 0. Ce n'est pas la même chose.
Autre confusion fréquente : ln(x²) vaut 2 ln x, mais
(ln x)² vaut le carré du logarithme — deux objets différents. Les
parenthèses comptent.
t₁ = ln x³ = 3 ln x
t₂ = ln(1/x³) = −ln x³ = −3 ln x
t₃ = ln √x = ½ ln x
t₄ = ln(1/√x) = −ln √x = −½ ln x
t₅ = ln x^(−1/2) = −½ ln x ← même chose que t₄
t₆ = ln(x²/x³) = ln x² − ln x³
= 2 ln x − 3 ln x = −ln x
t₇ = ln(x√x) = ln x + ln √x
= ln x + ½ ln x = (3/2) ln xContrôle : x²/x³ = 1/x, et ln(1/x) = −ln x ✔
De même x√x = x^(3/2), et ln(x^(3/2)) = (3/2) ln x ✔
Simplifier l'intérieur d'abord est souvent plus rapide que
d'appliquer les règles une par une.
04L'exponentielle
Pour tout réel x, il existe un unique réel y > 0 tel
que x = ln y — on dit que ln est une bijection. On appelle
exponentielle (de base e) la fonction qui, à tout réel x, associe ce
réel y, noté e^x.
e⁰ = 1 découle directement de ln 1 = 0.
Deux conséquences que l'examen exploite systématiquement :
- L'équation
ex−1 = 0n'a aucune solution. Beaucoup d'élèves écrivent « x − 1 = ln 0 » et bloquent — il suffit de dire que l'exponentielle est strictement positive. - Dans un produit, un facteur
e^une change jamais le signe : le signe de(2x − 1)e−0,5xest celui de2x − 1, tout simplement (§ 9).
Si on note l'exponentielle sous forme de puissance e^x, c'est justement
parce qu'elle vérifie toutes les propriétés des puissances —
ex+y = e^x e^y se lit comme 23+4 = 2³ × 2⁴. Ce n'est
pas une analogie : c'est la même règle.
05Les propriétés de exp
| Propriété | Le miroir côté ln |
|---|---|
ex+y = e^x e^y |
ln(xy) = ln x + ln y |
e−x = 1/e^x |
ln(1/x) = −ln x |
ex−y = e^x / e^y |
ln(x/y) = ln x − ln y |
erx = (e^x)^r |
ln(x^r) = r ln x |
e^x = e^y ⟺ x = y |
ln x = ln y ⟺ x = y |
x < y ⟹ e^x < e^y |
x < y ⟹ ln x < ln y |
Les deux colonnes se répondent terme à terme. Il n'y a pas deux tableaux à apprendre, mais un seul, lu dans deux sens.
t₁ = e^(−x) = 1 / e^x
t₂ = e^(2x) = (e^x)²
t₃ = e^(2x) · e^(−x) = e^(2x − x) = e^x
t₄ = √(e^(2x)) = (e^(2x))^½ = e^x
t₅ = √(e^(−2x)) = e^(−x) = 1 / e^x
t₆ = e^(x/2) = (e^x)^½ = √(e^x)
t₇ = e^(3x) / e^(2x) = e^(3x − 2x) = e^x
t₈ = e^(5x) √(e^(−8x)) = e^(5x) · e^(−4x)
= e^(5x − 4x) = e^xCinq des huit se réduisent à e^x tout court — c'est le
but de l'exercice. La méthode est toujours la même : tout ramener à un
seul exposant, puis simplifier cet exposant. On ne touche jamais à la
base.
Pour t₄ : √(e2x) = e^x et non ±e^x,
parce qu'une racine carrée est positive et qu'une exponentielle l'est
aussi. Les deux conditions concordent ✔
06Deux fonctions réciproques
C'est le cœur du chapitre : chacune défait ce que l'autre fait.
eln x = x pour tout x > 0
Attention aux domaines : la première vaut partout (car
e^x est toujours défini et positif), la seconde
seulement pour x > 0 (car ln x exige x > 0).
ln part de −∞ en 0 et monte lentement ;
e^x reste au-dessus de l'axe et explose. Elles se déduisent l'une de
l'autre par un pliage le long de la diagonale — c'est ce que signifie
« réciproques ».Puisque l'une défait l'autre, on peut faire disparaître un ln en appliquant l'exponentielle des deux côtés — et réciproquement. C'est la technique du § 7.
Pour supprimer un ln : Pour supprimer une exponentielle :
ln A = ln B e^A = e^B
e^(ln A) = e^(ln B) ln(e^A) = ln(e^B)
A = B A = B
En pratique on abrège : ln A = ln B ⟺ A = B (avec A, B > 0)
e^A = e^B ⟺ A = Bt₁ = ln e² = 2
t₂ = ln e^(−3) = −3
t₃ = e^(ln 2) = 2
t₄ = e^(−ln 3) = e^(ln(1/3)) = 1/3
t₅ = ln(1/2) + ln 2 = −ln 2 + ln 2 = 0
t₆ = ln e⁴ − ln e³ = 4 − 3 = 1
t₇ = 2 e^(−ln 2) = 2 × 1/2 = 1
t₈ = ln e² − e^(ln 2) = 2 − 2 = 0
t₉ = √(e^(−ln 4)) = √(1/4) = 1/2
t₁₀ = ln(√(e^(−2))) = ln(e^(−1)) = −1
t₁₁ = e^(ln 2 − ln 3) = e^(ln(2/3)) = 2/3
t₁₂ = ln(e / e²) = ln(e^(−1)) = −1Deux réflexes couvrent les douze : faire apparaître un
ln e^k (qui vaut k) ou un eln A
(qui vaut A). Dès qu'on y arrive, la calculatrice devient inutile — et c'est bien
ce que demande l'énoncé.
f₁(x) = (e^x)³ = e^(3x)
f₂(x) = ln(e^(100x)/e^(99x)) = ln(e^(100x − 99x)) = ln(e^x) = x
f₃(x) = e^(−ln x) = 1/x (x > 0)
f₄(x) = e^(2 ln x) = e^(ln x²) = x² (x > 0)
f₅(x) = e^(x + ln 2) = e^x · e^(ln 2) = 2 e^x
f₆(x) = e^(x − ln 3) = e^x / e^(ln 3) = e^x / 3
f₇(x) = ln x² − 3 ln x = 2 ln x − 3 ln x = −ln x (x > 0)
f₈(x) = e^x · e^(−x) = e^0 = 1
f₉(x) = ln(3 e^(−x)) + 2x = ln 3 + ln(e^(−x)) + 2x
= ln 3 − x + 2x = ln 3 + xContrôle sur f₉ en x = 0 : ln(3 × 1) + 0 = ln 3, et
la forme simplifiée donne ln 3 + 0 = ln 3 ✔ Une substitution
numérique valide toute une chaîne de simplifications.
Ne pas oublier les domaines : f₃, f₄ et f₇ ne sont
définies que pour x > 0, puisqu'elles contiennent un
ln x. La forme simplifiée x² de f₄, elle, existerait
partout — mais la fonction de départ, non.
07Résoudre une équation
- Ensemble de définition D — chaque
ln(…)impose son contenu strictement positif. On intersecte toutes les conditions. Cette étape se fait AVANT tout calcul. - Regrouper — ramener à
ln A = ln Boue^A = e^B, en utilisant les propriétés. - Supprimer —
ln A = ln B ⟹ A = B. - Résoudre l'équation obtenue (affine, trinôme…).
- Confronter à D — écarter les solutions qui n'y sont pas. Cette étape est notée.
Il faut x + 1 > 0 ET x − 3 > 0
x > −1 et x > 3
Les deux conditions doivent être vraies EN MÊME TEMPS,
donc on garde la plus exigeante :
D(E₄) = ]3 ; +∞[ln(x+1) + ln(x−3) = ln 5
ln((x+1)(x−3)) = ln 5 ← ln A + ln B = ln(AB)
e^(ln((x+1)(x−3))) = e^(ln 5) ← on applique exp des deux côtés
(x+1)(x−3) = 5
x² − 3x + x − 3 − 5 = 0
x² − 2x − 8 = 0
Δ = (−2)² − 4 × 1 × (−8) = 4 + 32 = 36
x₁ = (2 − 6)/2 = −2 x₂ = (2 + 6)/2 = 4D = ]3 ; +∞[
−2 ∉ D → REJETÉE
4 ∈ D → acceptée
S = {4}
Vérification : ln(4+1) + ln(4−3) = ln 5 + ln 1 = ln 5 + 0 = ln 5 ✔Sans l'étape ①, on aurait répondu « −2 et 4 » — et
ln(−2+1) = ln(−1) n'existe pas. C'est l'erreur la plus
sanctionnée du chapitre, et la seule parade est de poser le domaine
avant de calculer.
ln(2x + 1) = 3
D : 2x + 1 > 0 → x > −1/2 D = ]−1/2 ; +∞[
ln(2x + 1) = 3
2x + 1 = e³ ← on applique exp des deux côtés
2x = e³ − 1
x = (e³ − 1)/2 ≈ 9,54 ∈ D ✔
S = { (e³ − 1)/2 }1 + ln(x − 1) = 0
D : x − 1 > 0 → x > 1 D = ]1 ; +∞[
ln(x − 1) = −1
x − 1 = e^(−1) = 1/e
x = 1 + 1/e ≈ 1,37 ∈ D ✔
S = { 1 + 1/e }ln(1 + x) = ln(1 − 2x)
D : 1 + x > 0 ET 1 − 2x > 0
x > −1 et x < 1/2 D = ]−1 ; 1/2[
1 + x = 1 − 2x ← ln A = ln B ⟹ A = B
3x = 0
x = 0 ∈ D ✔
S = { 0 } Vérification : ln 1 = ln 1 ✔Sur E₃, les deux conditions donnent un intervalle
borné des deux côtés : x > −1 par la gauche,
x < 1/2 par la droite. Attention au sens de l'inégalité sur la
seconde — 1 − 2x > 0 donne −2x > −1 puis
x < 1/2, le signe se retourne.
Ici, pas de contrainte de domaine : une exponentielle est définie partout. En revanche elle ne s'annule jamais — et c'est là que se joue la difficulté.
E₅ : e^(−x² + 1) = 1
1 = e⁰, donc −x² + 1 = 0 → x² = 1 → x = ±1
S = { −1 ; 1 }
E₆ : e^(x − 1) = 0
Une exponentielle est TOUJOURS strictement positive.
Elle ne peut donc jamais valoir 0.
S = ∅ ← pas de calcul, un raisonnement
E₇ : e^(3 − x²) = e^(−1)
e^A = e^B ⟹ A = B : 3 − x² = −1 → x² = 4 → x = ±2
S = { −2 ; 2 }
E₈ : e^x − e^(−x) = 0
e^x = e^(−x) ⟹ x = −x → 2x = 0 → x = 0
S = { 0 } Vérification : e⁰ − e⁰ = 1 − 1 = 0 ✔E₉ : 2e^(2x) + e^x − 3 = 0
On pose X = e^x. Alors e^(2x) = (e^x)² = X².
2X² + X − 3 = 0
Δ = 1² − 4 × 2 × (−3) = 1 + 24 = 25
X₁ = (−1 − 5)/4 = −6/4 = −3/2
X₂ = (−1 + 5)/4 = 4/4 = 1
CONTRAINTE : X = e^x, donc X > 0 obligatoirement.
X₁ = −3/2 < 0 → REJETÉE
X₂ = 1 → acceptée
e^x = 1 = e⁰ → x = 0
S = { 0 } Vérification : 2 × 1 + 1 − 3 = 0 ✔Le changement de variable est le geste à retenir :
dès qu'on voit e2x et e^x ensemble, on pose
X = e^x et on retombe sur un trinôme du
chapitre 03.
Et la contrainte X > 0 joue ici exactement le rôle que
le domaine joue pour le logarithme : elle élimine une solution.
L'oublier coûte la question.
08Résoudre une inéquation
Même méthode qu'au § 7, avec une propriété de plus : ln et exp sont croissantes, donc elles conservent le sens de l'inégalité.
e^A < e^B ⟺ A < B
Le sens ne change pas. C'est une différence importante avec la division par un négatif du chapitre 03, où l'inégalité se retourne.
On obtient deux informations : le domaine D et la
condition issue de l'inéquation. La réponse est
S = D ∩ condition — pas seulement la seconde.
ln(2x) > 0
D : 2x > 0 → x > 0 D = ]0 ; +∞[
e^(ln(2x)) > e⁰ ← exp des deux côtés, sens conservé
2x > 1
x > 1/2
S = D ∩ ]1/2 ; +∞[ = ]1/2 ; +∞[
(ici la condition est plus exigeante que le domaine : elle l'absorbe)ln(x + 1) < ln 2
D : x + 1 > 0 → x > −1 D = ]−1 ; +∞[
e^(ln(x+1)) < e^(ln 2)
x + 1 < 2
x < 1
S = D ∩ ]−∞ ; 1[ = ]−1 ; 1[ ← ici l'intersection MORDSur E₂, oublier le domaine donnerait ]−∞ ; 1[ —
c'est-à-dire accepter x = −5, pour lequel ln(−4)
n'existe pas. L'intersection n'est pas une formalité.
Un ln dont le contenu est un trinôme sans racine et
positif est défini partout. Deux exemples du devoir.
ln(x² + x + 1) > ln 3 − ln 4
D : Δ de x² + x + 1 vaut 1 − 4 = −3 < 0, et a = 1 > 0
donc x² + x + 1 > 0 pour tout x D = ℝ
ln 3 − ln 4 = ln(3/4)
ln(x² + x + 1) > ln(3/4)
x² + x + 1 > 3/4
x² + x + 1/4 > 0
(x + 1/2)² > 0 ← identité remarquable
Un carré est positif SAUF s'il est nul : (x + 1/2)² = 0 en x = −1/2.
S = ℝ \ {−1/2}ln(x² − x + 2) < 0
D : Δ de x² − x + 2 vaut 1 − 8 = −7 < 0, a > 0 → D = ℝ
0 = ln 1, donc :
ln(x² − x + 2) < ln 1
x² − x + 2 < 1
x² − x + 1 < 0
Δ de x² − x + 1 vaut 1 − 4 = −3 < 0, et a = 1 > 0
→ ce trinôme est TOUJOURS positif, jamais négatif.
S = ∅Ces deux-là se résolvent entièrement avec le discriminant du chapitre 03 : le logarithme disparaît dès la troisième ligne. Un Δ négatif est une réponse, pas un échec — ici il donne D = ℝ pour l'un et S = ∅ pour l'autre.
E₅ : e^(2x) < e² → 2x < 2 → x < 1
S = ]−∞ ; 1[
E₆ : e^(−x) − 2 > 0 → e^(−x) > 2
−x > ln 2 ← ln des deux côtés
x < −ln 2 ← × (−1) : le sens se RETOURNE
S = ]−∞ ; −ln 2[ −ln 2 ≈ −0,69
E₇ : 1 − e^(−0,75x + 0,5) > 0
→ e^(−0,75x + 0,5) < 1 = e⁰
−0,75x + 0,5 < 0
−0,75x < −0,5
x > 2/3 ← sens retourné
S = ]2/3 ; +∞[
E₈ : 1 + e^(−2x) > 1 → e^(−2x) > 0
VRAI pour tout x : une exponentielle
est toujours strictement positive.
S = ℝDeux pièges dans ce lot. E₆ et E₇ : le passage au
logarithme conserve le sens, mais la division par un coefficient négatif
qui suit le retourne — ce sont deux étapes différentes. Contrôle sur E₇ :
x = 1 > 2/3 donne 1 − e−0,25 ≈ 0,22 > 0 ✔ et
x = 0 donne 1 − e0,5 ≈ −0,65 < 0 ✔
E₈ ne demande aucun calcul : c'est la propriété
e^u > 0, et la réponse est ℝ tout entier.
09Signe et dérivées
Le signe d'une expression contenant e^u
Dans un tableau de signe, la ligne e^u ne porte donc que des
« + », sans aucun zéro. Le signe du produit est celui de l'autre
facteur.
f₂(x) = (2x − 1) e^(−0,5x)
2x − 1 > 0 ⟺ x > 1/2
∀x ∈ ℝ, e^(−0,5x) > 0
x │ −∞ 1/2 +∞
─────────┼──────────────────────────────
2x − 1 │ − 0 +
e^(−0,5x)│ + + ← jamais de zéro
─────────┼──────────────────────────────
f₂(x) │ − 0 +
f₂ a exactement le signe de (2x − 1).f₃(x) = (x − 3) e^(−2x+1) / (x − 2)
L'exponentielle est définie partout et positive.
Mais le DÉNOMINATEUR s'annule en x = 2 :
D(f₃) = ℝ \ {2}
Dans le tableau de signe, une DOUBLE BARRE en x = 2 —
pas un zéro : la fonction n'y existe pas.La différence est visible au barème : un « 0 » et une « ‖ » ne disent pas la même chose. Le zéro dit « la fonction s'annule », la double barre dit « la fonction n'existe pas ».
Dériver avec e^u
(e^u)' = u' · e^u
L'exponentielle est sa propre dérivée — c'est ce qui la rend
unique. Et comme pour uⁿ et √u au
chapitre 04, il apparaît un facteur
u' : la dérivée de l'exposant.
Pour mémoire, côté logarithme : (ln x)' = 1/x et
(ln u)' = u'/u.
f(x) = e^(−2x)
On pose u(x) = −2x donc u'(x) = −2
(e^u)' = u' e^u
f'(x) = −2 e^(−2x)f(x) = 2 e^(−0,5x)
On pose u(x) = −0,5x donc u'(x) = −0,5
(k·e^u)' = k · u' · e^u
f'(x) = 2 × (−0,5) × e^(−0,5x)
= −e^(−0,5x)f(x) = (2x − 1) e^(2x) ← un PRODUIT
u = 2x − 1 v = e^(2x)
u' = 2 v' = 2 e^(2x) ← (e^u)' avec u = 2x
(uv)' = u'v + uv'
f'(x) = 2 e^(2x) + (2x − 1) × 2 e^(2x)
= e^(2x) [ 2 + 2(2x − 1) ] ← on FACTORISE par e^(2x)
= e^(2x) [ 2 + 4x − 2 ]
= 4x · e^(2x)Le geste décisif de la troisième : factoriser par
e2x, qui est commun aux deux termes. On obtient une forme
courte dont le signe se lit — celui de 4x, puisque
l'exponentielle est positive. Développer aurait donné
4x e2x aussi, mais le chemin factorisé est plus sûr, et c'est la
même leçon qu'au chapitre 04.
Contrôle en x = 0 : la forme de départ dérivée « à la main » donne
2e⁰ + (−1)(2e⁰) = 2 − 2 = 0, et 4 × 0 × e⁰ = 0 ✔
10Les modèles
Le chapitre se termine sur ce qui lui donne son intérêt : décrire une grandeur qui croît ou décroît proportionnellement à elle-même.
C'est le problème posé en ouverture. Reprenons-le en entier.
aₙ = 25 000 − 20 000 × 0,8ⁿ (abonnés au bout de n années)
a₀ = 25 000 − 20 000 × 0,8⁰ = 25 000 − 20 000 = 5 000
Quadrupler, c'est atteindre 4 × 5 000 = 20 000 :
25 000 − 20 000 × 0,8ⁿ = 20 000
20 000 × 0,8ⁿ = 5 000
0,8ⁿ = 0,25
ln(0,8ⁿ) = ln(0,25) ← ln des deux côtés
n × ln(0,8) = ln(0,25) ← l'exposant DESCEND
n = ln(0,25) / ln(0,8)
n ≈ 6,21
Comme n est un nombre d'années entier, il faut n = 7 années.Contrôle : a₆ ≈ 19 757 (pas encore quadruplé) et
a₇ ≈ 20 806 (dépassé) ✔ On arrondit vers le haut,
parce qu'il faut atteindre le seuil.
ln(0,8) ≈ −0,223 est négatif, parce que
0,8 < 1. Règle générale :
Dans une équation cela ne change rien. Dans une inéquation,
si — diviser les deux membres par ln(0,8) retourne le sens. C'est le
piège classique des problèmes de seuil.
a₁₀ = 25 000 − 20 000 × 0,8¹⁰ ≈ 25 000 − 2 147 ≈ 22 853
a₂₀ = 25 000 − 20 000 × 0,8²⁰ ≈ 25 000 − 231 ≈ 24 769
a₅₀ = 25 000 − 20 000 × 0,8⁵⁰ ≈ 25 000 − 0 ≈ 25 000
a₇₀ ≈ 25 000
Interprétation : 0,8ⁿ tend vers 0 quand n grandit (car 0 < 0,8 < 1),
donc aₙ se rapproche de 25 000 sans jamais l'atteindre.
La revue plafonne à 25 000 abonnés : c'est la limite du modèle.Une décroissance exponentielle ne s'annule jamais mais devient indétectable : à n = 50, l'écart au plafond vaut 0,29 abonné. C'est le même phénomène que la queue de la loi normale au-delà de 3σ, ou que la charge d'un condensateur après 5 RC.
Un second modèle très courant, qui décrit une adoption qui démarre lentement, s'emballe, puis sature.
Données : 10 % des foyers équipés à t = 0, et 80 % cinq ans plus tard.
① À t = 0 : 100 / (1 + k e⁰) = 10
100 / (1 + k) = 10
1 + k = 10
k = 9
② À t = 5 : 100 / (1 + 9 e^(5α)) = 80
1 + 9 e^(5α) = 100/80 = 1,25
9 e^(5α) = 0,25
e^(5α) = 0,25/9 = 1/36
ln(e^(5α)) = ln(1/36)
5α = −ln 36
α = −ln(36)/5 ≈ −0,717
Vérification : f(0) = 100/(1+9) = 10 % ✔
f(5) = 100/(1+9×(1/36)) = 100/1,25 = 80 % ✔L'énoncé pose f définie sur [0 ; +∞[ avec
« t = 0 au 1er janvier 2008 », puis donne les données pour
« 2000 » et « 2005 ». Or si t = 0 correspond à 2008, alors 2000
correspond à t = −8 — hors de l'intervalle de définition.
Le corrigé ci-dessus prend t = 0 au 1er janvier 2000, ce qui rend l'énoncé cohérent et place les deux données à t = 0 et t = 5. C'est très probablement l'intention : un énoncé plus ancien, dont la date de référence a été actualisée sans reprendre les données.
À l'examen, face à ce genre d'incohérence : choisir une lecture, l'écrire explicitement, et poursuivre. Un correcteur valorise une hypothèse assumée ; il ne peut rien faire d'une copie blanche.
L'exercice le plus long du devoir combine les deux chapitres :
P(x) = 2x³ + 7x² − 14x + 5, avec P(x) = (x − 1)(ax² + bx + c)
En développant et en identifiant : a = 2, b = 9, c = −5
P(x) = (x − 1)(2x² + 9x − 5)
Racines de 2x² + 9x − 5 : Δ = 81 + 40 = 121, √Δ = 11
x = (−9 − 11)/4 = −5 et x = (−9 + 11)/4 = 1/2
P(x) = 0 ⟺ x ∈ { −5 ; 1/2 ; 1 }
E₁ : 2(ln x)³ + 7(ln x)² − 14 ln x + 5 = 0
On pose X = ln x → X ∈ { −5 ; 1/2 ; 1 }
ln x = −5 → x = e^(−5) ln x = 1/2 → x = √e
ln x = 1 → x = e
S = { e^(−5) ; √e ; e } (les trois sont > 0 ✔)
E₂ : 2e^(3x) + 7e^(2x) − 14e^x + 5 = 0
On pose X = e^x, avec la contrainte X > 0.
X = −5 REJETÉE (négative) ; restent X = 1/2 et X = 1.
e^x = 1/2 → x = ln(1/2) = −ln 2
e^x = 1 → x = 0
S = { −ln 2 ; 0 }La même factorisation sert deux fois. Et la différence entre les deux réponses tient
à une seule chose : ln x peut être négatif, e^x
jamais. C'est tout le chapitre en une phrase.